Skip links

Zoom sur un métier qui rencontre des difficultés de recrutement : le conseiller ou la conseillère en prévention. Son quotidien ? Remplir de nombreuses missions dédiées à la sécurité et au bien-être des travailleurs et travailleuses. Le Guide Social a voulu en savoir plus au sujet de cette profession peu connue mais indispensable. Nous sommes partis à la rencontre d’Isabelle Urbain, conseillère en prévention à l’ONE depuis 13 ans. 

Après une carrière de plus de 20 ans en chimie, Isabelle Urbain a choisi de se tourner vers une profession offrant davantage de contacts humains. En 2009, après une formation d’un an, elle devient conseillère en prévention au sein de l’ONE.

Les missions attachées à ce métier se rapportent à l’application de procédures générales de sécurité comme la prévention incendie mais aussi à la garantie du bien-être du personnel, grâce à de la prévention autour de la gestion du stress ou du droit à la déconnexion. Isabelle Urbain a reçu le Guide Social dans les locaux de l’ONE, afin lever le voile sur ce métier aux pratiques diverses et riches en expériences humaines.

« Avant, je travaillais dans le privé et il y avait toujours des questions de multinationales, de profits… Et, cela ne m’intéressait plus »

Le Guide Social  : A la base, Isabelle, vous êtes chimiste de formation. Vous avez d’ailleurs exercé ce métier, dans le secteur de la recherche, durant 22 ans ! Pourtant, vous avez fait le choix de la reconversion professionnelle… Pourquoi avez-vous décidé d’opérer ce changement de direction ?

Isabelle Urbain  : La crise de 2009 et les licenciements liés ont été les déclencheurs. Je me suis donc lancée et j’ai suivi deux formations en parallèle  : l’une en environnement, l’autre en prévention. 

Au cours de mon parcours de formation, l’ONE a publié une offre qui rassemblait un grand nombre des critères que j’avais définis pour mon futur poste. J’ai donc postulé. Ils m’ont répondu par la positive et je suis ici depuis 13 ans maintenant.

Le Guide Social  : Qu’est-ce qui vous a attirée dans cette annonce ?

Isabelle Urbain  : En premier lieu, le fait que ce soit un service public. Avant, je travaillais dans le privé et il y avait toujours des questions de multinationales, de profits… Cela ne m’intéressait plus. Et la langue du poste était le français. Après 22 ans à travailler en anglais ou néerlandais, c’était très important pour moi de retrouver le français. (Rires) 

« Faire en sorte que le travailleur arrive entier le matin et rentre entier le soir »

Le Guide Social  : Comment définiriez-vous le poste de conseillère en prévention ?

Isabelle Urbain  : C’est de faire en sorte que le travailleur arrive entier le matin et rentre entier le soir.

Le Guide Social  : C’est une grosse responsabilité  !

Isabelle Urbain  : C’est une grosse responsabilité, oui. Concrètement, on commence par faire des analyses de risques de la fonction ou de la tâche et on fait en sorte que toutes les conditions de sécurité soient remplies pour que la situation de travail soit sécure. Par exemple, si l’on doit utiliser une machine, il y a des mesures à prendre pour se protéger, comme des lunettes de sécurité ou le port du casque. Donc, suivant la fonction, on va définir les mesures à mettre en place pour qu’il n’y ait pas d’accident.

Bien sûr, le risque zéro n’existe pas, mais on met tout en place pour qu’il n’y ait pas d’accident aux effets corporels ou mentaux.

Il y a donc une partie de notre travail qui consiste à expliquer comment il faut manipuler, à quoi il faut faire attention. On forme également le personnel et on réalise de la prévention, comme la prévention incendie, mais aussi des risques psychosociaux tels que le burn-out, le stress ou encore les conflits entre collègues.

Un métier qui nécessite une spécialisation

Le Guide Social  : Chaque métier, chaque fonction ont leurs exigences et spécificités. Le.la conseiller.ère en prévention doit donc adapter ses connaissances à chaque corps de métier…

Isabelle Urbain  : C’est sûr que les mesures à mettre en place ne sont pas les mêmes si on intervient dans un corps de métier qui utilise des échafaudages ou des produits chimiques. Les risques sont différents. La profession de conseiller en prévention demande à se spécialiser.

La formation de base est très générale. En fait, on peut la comparer à celle d’un médecin généraliste qui apprend un peu toutes les maladies. Mais, nous sommes aussi spécialistes et développons des connaissances plus spécifiques aux structures dans lesquelles on intervient.

Le Guide Social  : Justement, quelles sont les spécificités à l’ONE ? 

Isabelle Urbain  : Il y a beaucoup d’ergonomie de bureau avec le travail sur ordinateur. L’ONE possède des locaux de consultation pour recevoir les familles. Ainsi, nous allons les visiter pour s’assurer qu’ils sont aux normes par rapport à la température ou à l’aération, par exemple et que le personnel qui y travaille se porte bien. 

Il y a également un SAS (Service d’Aide Spécialisé à la petite enfance, ndlr), pour des enfants de zéro à six ans, présents 7 jours sur 7, 24h sur 24. Nos missions dans ce cadre-là sont d’assurer la sécurité et le bien-être des enfants mais aussi du personnel qui s’en occupe.

Depuis quelques mois, on ressent le contre-coup de la période COVID. Il y a beaucoup de stress, beaucoup de fatigue, parfois des conflits entre équipes ou entre la hiérarchie et une équipe. Nous recevons donc les plaintes et gérons le dialogue.

Enfin, nous formons le personnel grâce à l’intervention de partenaires extérieurs comme la médecine du travail ou des spécialistes des aspects psychosociaux. S’ils n’interviennent pas directement, ils nous donnent des conseils à appliquer sur le terrain.

 Lire aussi : Alexandre, conseiller en prévention aspects psychosociaux : son combat contre le mal-être au travail

Entre force d’esprit et équilibre

Le Guide Social  : Vous représentez donc une oreille attentive aux différentes difficultés que peuvent rencontrer vos bénéficiaires. Mais qu’en est-il de vous ? Vers qui vous tournez-vous si la charge devient trop importante ? 

Isabelle Urbain  : On fait appel à la médecine du travail et sinon, il y a la formation continue qui permet de rencontrer d’autres collègues ou encore lors de conférences organisées par des associations.

Le Guide Social  : Quelles sont les qualités que vous identifiez comme indispensables à l’exercice de ce métier ? 

Isabelle Urbain  : Il faut être pragmatique, rigoureux et avoir une bonne vision des choses pour repérer ce qui ne va pas. Il me semble important aussi de savoir garder la bonne distance face aux personnes qui viennent déposer leurs soucis afin de ne pas se laisser envahir.

Enfin, il faut être très flexible parce qu’on ne respecte jamais le programme qu’on que l’on se fixe à la journée. C’est vraiment au jour le jour, même l’heure à l’heure. C’est l’humain d’abord, l’administratif passe en second lieu parce que c’est cela, la prévention. C’est faire en sorte que les gens se sentent bien.

« Il faut donc être patient et faire preuve de diplomatie »

Le Guide Social  : Et quelles sont les difficultés ?

Isabelle Urbain  : L’indifférence de certaines personnes face aux règles. Il faut toujours répéter, répéter, répéter parce que les gens ne se rendent pas compte de l’importance des règles. On passe souvent pour les “enquiquineurs de service” parce qu’on répète les choses et les gens ont l’impression que c’est pour les embêter, alors que c’est pour leur rendre service et leur éviter un accident. Il faut donc être patient et faire preuve de diplomatie car les choses ne sont pas toujours faciles à faire passer.

Le Guide Social  : Quelle est votre responsabilité si un accident arrive ?

Isabelle Urbain  : S’il y a eu une analyse des risques et que les mesures sont appliquées selon le Code code du bien-être, nous n’assumons pas la responsabilité. C’est un code national qui dépend du ministère de l’emploi.

Contacts, utilité et variété dans le travail

Le Guide Social  : On entend beaucoup parler du burn-out dans le dans le secteur social. Est-ce que vous privilégiez cette thématique dans vos campagnes de prévention ?

Isabelle Urbain  : Pas plus qu’une autre. On en parle, mais sans forcément spécifier le mot. On développe la prévention autour du “prendre le temps”, de la déconnexion et de la charge de travail. On renseigne également les personnes vers qui se tourner en cas de besoin.

Le Guide Social  : Pour finir, qu’aimez-vous dans votre métier ?

Isabelle Urbain  : Être là pour les gens. Ce qu’on met en place, on le fait pour le personnel mais aussi pour les familles et les enfants qui utilisent les services de l’ONE. Pour qu’ils soient accueillis dans les meilleures conditions. C’est très important pour moi. J’aime aussi la variété du travail. Les journées ne se ressemblent pas car on se déplace dans différents lieux et les sollicitations sont diverses. Enfin, quand des personnes viennent me voir et me remercient pour les conseils que j’ai pu leur apporter ou simplement pour mon écoute, ma journée est réussie !

Ce site Web utilise des cookies pour améliorer votre expérience Web.